Le retour du troupeau
Mère…
Mère…
Prépare l’eau froide,
Et verse la soupe,
Le soleil a disparu derrière l’horizon marin,
Et la douce brise m’a donné un léger frisson,
Et le bêlement des moutons parvient à mes oreilles
Comme la lumière qui filtre par la fenêtre de notre hutte ombragée.
Mère…
Courons ensemble vers le virage à l’ouest
Où nous embrasserons mon frère qui revient avec le troupeau.
**
Le dernier jour
Où que je me tourne, je vois le brouillard s'épaissir
Et s'élever, telle une illusion, vers la gloire,
Et la vallée pleine de brume tourbillonnante
Sera bientôt vide,
Et la colline couverte de vergers de pommiers
Disparaîtra de la vue comme le soleil !
Car pour chaque chose visible, il y a un voile derrière lequel elle se cache,
Et pour chaque montagne imposante, il y a une vallée
assez vaste pour l'engloutir le dernier jour.
**
La Mer Bleue
Hier,
Tu étais là, mon amour,
Qu'est-ce qui t'a éloignée de moi,
Toi qui es la lumière de mes yeux errants ?
Dis-moi...
Y a-t-il un autre horizon au-delà de l'horizon ?
Et la mer bleue,
A-t-elle été envahie par des navires de fleurs ?
Et les canards de cette saison
Ont-ils flotté à sa surface ?
Ma cécité m'a rendue très curieuse,
Alors, pardonne-moi.
**
Coucher de soleil
Celui qui désire voir le crépuscule rouge
Taché de nuages vagabonds,
Qu'il attende le coucher du soleil.
Là, au-dessus de la mer,
La lumière est suspendue,
Et la légende du jour s'achève,
Pour que commence l'épopée de la nuit mystérieuse,
Embrassant terreur et beauté,
Écrite en gouttes de rosée
Sur les feuilles des peupliers et des oliviers,
Apparaissant comme une étoile se prosternant devant la lune.
**
Ma terre assoiffée
Étrange fille...
Et mon jardin te connaît,
Et ma terre assoiffée.
Parle-moi de toi,
Dis-moi des choses futiles
Comme les gens oisifs qui conspirent
Avec la paresse et la léthargie.
Dis que tu es mon pantalon,
Mes chaussettes...
Dis que tu es moi...
Et cela suffit.
**
Le petit-fils du soleil
Le charretier ambulant,
Allant de village en village,
Fut frappé d'une insolation,
Mais il refusa d'arrêter son travail,
Imprégné de lumière
Et de chaleur,
De peur qu'on dise de lui :
Le petit-fils du soleil a eu peur de sa grand-mère !
**
La fleur de gardénia
Le jardin pleure...
Le jardin pleure...
Car la fleur de gardénia s'est fanée,
Et l'eau s'est tarie dans ses veines.
Pourquoi ?...
Pourquoi, mon Seigneur ?...
Et la beauté, c'est Toi,
Et le nuage chargé de pluie,
Attend un signe de Toi ?!
Évapore-toi, dis,
Et déverse-toi,
Afin que la vie revienne à la fleur.
**
Déesses de la Beauté
Ce chêne qui est le mien,
Il a atteint le plus grand âge !
Aphrodite, la déesse de la beauté, s'est abritée sous lui,
Et s'est parée des cendres de ses branches.
Ces petites feuilles joyeuses sont pour toi, ma bien-aimée,
Brûle-les,
Écrase-les,
Et applique leurs cendres comme du khôl sur tes yeux,
Afin que je t'aime encore plus...
**
Champs de blé
Que les champs de blé sont beaux !
La sueur d'un paysan et la récolte d'une saison,
Voilà ce que sont les champs de blé.
Le point de mire du regard des oiseaux,
Et le fourmillement des colonies de fourmis,
Voilà ce que sont les champs de blé.
Les cris des enfants jouant malicieusement dans le blé,
Et les murmures des amoureux perdus dans leurs rêveries,
Voilà ce que sont les champs de blé.
Nourriture pour les chèvres et le bétail,
Et la récolte d'un paysan au teint hâlé
Qui a donné pour recevoir,
Voilà ce que sont les champs de blé.
**
La volée d'oiseaux
Bonsoir, Grand-mère...
Pourquoi te vois-je en lutte avec le maïs ?
La volée d'oiseaux !
Qu'est-ce qui ne va pas ?!
Comme ça, tout d'un coup ?!
Ont-ils pillé le grain pendant que tu dormais ?!
Pauvre Grand-mère...
Si seulement tu avais nourri les oiseaux,
Ils ne t'auraient pas fait de mal...
Les oiseaux sont comme les pauvres parmi nous,
Plus ils ont faim,
Plus ils deviennent dangereux.
**
La plus haute montagne
...Et j'ai escaladé la plus haute montagne pieds nus,
Sans peur ni tremblement,
Les épines, s'étirant curieusement,
M'ont piqué de leurs langues acérées,
Mais je n'y ai pas prêté attention...
Je regardais vers le sommet,
Et le sommet s'accrochait au firmament perdu.
Celui qui se sous-estime souffrira.
**
Un jour de pluie
Aujourd'hui...
Le ciel a déversé plus de pluie qu'il n'aurait dû,
C'est pourquoi vous me voyez blotti près du feu,
Délectant mes oreilles de son murmure musical,
Comme le bruissement du vent
Venant de derrière les sommets lointains,
Et le murmure des arbres se disperse dans l'air,
Avec ses gémissements,
Il blesse et fait saigner le corps de la pluie.
**
Joie éternelle
Guéris ma maladie…
Délivre-moi des filets de l'ennui
Qui me guettent.
Car mon sommeil me tourmente dans mon exil,
Il brise mon être,
Il déforme le visage de mes rêves,
Et coupe mon souffle par les sanglots de mes désirs.
Couvre-moi de ta joie éternelle,
Ô ma patrie.
**
Le Talisman de la Vie
Pourquoi ne ressentons-nous pas la chaleur
À moins que le soleil ne brille,
Ou que nous n'allumions un feu ?!
Y a-t-il de la glace dans nos corps ?!
Pourquoi n'éprouvons-nous pas la soif apaisée
À moins de boire de l'eau à grandes gorgées ?!
Y a-t-il un désert dans nos estomacs ?!
Et pourquoi ne nous aimons-nous pas les uns les autres
À moins que les regards ne se croisent,
Et que les cœurs ne tremblent dans nos poitrines ?!
Y a-t-il un miroir en nous ?!
**
Mon sanctuaire du Nord
Emporte-moi, ô lumière, vers les terres de mon pays,
Car tu es plus rapide que le son,
Et plus légère que l'air.
Je languis de cette terre bénie,
Que j'ai plantée d'oliviers verts.
Dis-moi, pour l'amour de Dieu,
As-tu vu mon bosquet du Nord ?
Et as-tu donné aux colombes quelques-unes de ses branches ?
Tu es égoïste, ô lumière,
Car tu gardes la paix pour toi seule.
**
La femme divorcée
Je l'ai vue,
avant l'aube,
courir vers la gare, essoufflée et effrayée.
Je l'ai arrêtée,
Et je lui ai demandé :
- Quel est ton nom ?
Elle a répondu :
- Depuis que j'ai quitté mon pays,
Mon nom m'a abandonnée.
Dans chaque usine où je suis entrée,
On m'a donné un nouveau nom,
Et au fil des jours...
Il ne me reste plus qu'un seul nom,
Un nom dont j'ai autant honte que de moi-même :
« La femme divorcée ! »
**
L'homme de Zahlé
Mon voisin...
Un vieil homme de Zahlé,
Vous pouvez, si vous le souhaitez,
Lire dans ses yeux l'épopée d'un peuple !
Sa famille ici : elle fait trembler la terre,
Comme on dit,
Et elle possède à la fois les rêves et la réalité !
Sa famille là-bas : une cave,
Et vingt chèvres,
Et un caroubier à l'ombre généreuse...
Pourtant, vous le voyez chanter chaque jour :
« Où sont donc ces collines que je ne vois plus ?! »
**
La Colombe Joyeuse
Lave tes pieds de parfum,
Ô joyeuse colombe de la forêt,
Car le thym a fleuri,
Et a caché son parfum dans un flacon magique
Gardé sur le tronc d'un amandier.
Apporte-moi une poignée de ta beauté
Afin que je puisse conquérir la nature avec elle,
Et fouler les prairies.
Apporte-moi une mèche de tes cheveux,
Afin que j'en couse une robe
Au bas de laquelle les roses se suicideront !
**
La balançoire
Qui se balance sur la balançoire ?
Ma balançoire est un collier d'iris incrusté de lapis-lazuli.
Je l'ai héritée d'un vieux perroquet,
À la vue faible,
Et incapable de parler.
Ma balançoire…
Relie la terre au ciel,
Le soleil à la lune,
Et chacun, absolument chacun, au Liban.
**
Lub Anan
Ô aigle de la terre bénie,
aide-moi…
Je suis la reine des neiges éternelles,
Je suis veuve depuis le commencement du monde.
Sauve-moi de l'isolement de la lassitude et du désespoir.
Emmène-moi en volant vers la terre de l'éternité,
Là où résidait « Diditta »…
À « Lub Anan » (le Liban)…
car là, l'éternité repose.
**
Ouf... Ouf
Arrêtez, cocher...
Nous sommes arrivés.
Bienvenue, ô village printanier... bienvenue.
Le désir qui me tourmente est capable de me tuer !
Comment vont les hirondelles,
Les tuiles,
Et les collines ?
Ma bien-aimée n'est pas venue avec moi,
Mais j'ai emporté son portrait.
Je me sens étranger...
Où sont les gens ?!
La solitude est un tourment, malheur à moi !
Pourquoi ne pas essayer de chanter ?
« Ouf... ouf, comme je suis agaçant ! »
Pourquoi ne pas essayer de jouer d'un instrument ?
Le violon... le voici...
« Tum... tum... tum... »
L'univers a commencé à vaciller.
Le violon, c'est moi...
Bien que je préférerais être un orgue !
**
Mon automne
Le printemps a jeté son manteau et est parti,
Après avoir enfoui ses restes au plus profond de lui-même.
Toutes les prairies ont soupiré,
Et se sont préparées au déluge
Venant des océans de nuages noirs.
Abritez-moi...
Mon automne se joue de moi,
Agite mes nerfs,
Me traîne vers l'inconnu.
Tendez-moi la main et sauvez-moi.
**
Ne désespère pas
Si les nuages passent un jour,
Et que le ciel ne pleut pas,
Ne désespère pas...
La pluie nous rend visite quand elle est bénéfique.
J'admirais un paysan qui semait une terre aride
En pleine saison estivale,
Et attendait que les récoltes poussent.
Lorsque l'attente devint trop longue,
Il s'agenouilla et commença à prier
Et à supplier le Seigneur,
Tandis que les graines dormaient encore sous la terre,
Profitant de la chaleur,
N'eût été l'urgence de l'automne
Et sa pluie fine et rafraîchissante !
Alors le paysan murmura joyeusement :
« Ma prière a été exaucée ! »
**
La page de ma vie
Je lutte contre mon désir et me replie dans la douleur...
Une transformation soudaine me cloue à mon isolement,
m'attirant vers lui...
Peut-être pourrai-je guérir, grâce à quelques gouttes de sa liberté,
L'assaut du mal,
Et le déchaînement des passions dans ma patrie.
Avance, ma plume, sur la page de ma vie.
C'est ton devoir envers moi,
de dépeindre mon retour comme une révolution constructive.
**
L'éclosion de la féminité
...Et lorsque tu te parais
De l'éclosion de la féminité,
Mon jardin s'accrochait à l'ourlet de ta robe
Et s'embaumait !
Ô toi qui dessines ton visage sur mes pages,
Qui nages dans la mer de mon désir,
Qui surgis comme un rêve de mes longues nuits d'insomnie.
À tes portes, mon attente est douce.
**
Une erreur
Tu te fragmentes devant moi comme des fragments de rêves
Au seuil de mon éveil.
Ta confiance est mon secret...
Une erreur impardonnable !
J'ai été égaré par mon enchantement
Par la magie de tes yeux,
par l'éclat de tes lèvres,
par le flot de joie débordante
Dans ton apparition.
Ta confiance est mon secret...
Un secret que je ne révélerai jamais !
**
Le soleil de ma terre
Le soleil de ma patrie s'est couché
Après que la nuit a défiguré son visage,
Et coupé les tresses de ses longs cheveux d'or !
Demain...
Le soleil se lèvera de nouveau,
Et répandra sa lumière sur les yeux fatigués,
Et réchauffera les tombes alourdies par nos fruits.
Attends-nous, ô lumière...
Car les années qui nous ont éloignés de toi,
Ne nous empêcheront pas de te rejoindre
Et de nous fondre dans tes rayons.
**
Confiance en soi
Ils me regardent avec malveillance...
Ils doutent de moi et de mes actions...
Ils répandent des rumeurs à mon sujet,
Et agitent les vagues pendant que mon bateau navigue !
Son mât est droit...
Ses voiles sont solides.
Et ses planches sont taillées dans l'arbre de la confiance en soi,
Que les vents des commérages ne peuvent déraciner,
Et dont les branches ne peuvent être brisées par les tempêtes du vice.
Mon bateau...
Arrivera, si Dieu le veut,
Car j'ai rendez-vous avec l'histoire.
**
Mes envieux
Mes envieux se sont multipliés, ô rose…
Et je suis seule comme toi,
Les abeilles me piquent après avoir butiné mon nectar !
Comme la vie est dégoûtante
Quand tu étreins les papillons
Avec tes pétales luxuriants,
Et que le parfum de leur bouche se faufile
À travers leurs souffles haletants
Pour voler ta joie !
Je leur ai tout donné,
Et pourtant, tu les vois encore convoiter
Mon existence même !
**
Un nuage printanier
Ô enfant, immunisé contre le chagrin,
Émergeant des rires des vallées
Et des murmures des ruisseaux,
Prête-moi une mèche de tes cheveux soyeux
Pour faire virevolter les papillons,
Et taquiner les épis de blé.
Donne-la-moi…
Afin que je puisse l'envoyer s'envoler au vent,
Tel un nuage printanier,
Sa blancheur éclatante
Rivalisant avec les plaques de neige reposant paisiblement
Sur les rochers de notre Qurnat as Sawda.
Ta tendresse…
M'encourage à en demander davantage,
Alors, ne me montreras-tu pas un peu de compassion ?!
**
Forêts de pins
Dès que la chaleur s'intensifie,
Je me réfugie dans les forêts de pins
Nichées au sommet de la colline verdoyante.
Là, j'ai un hamac
Et un lit de paille.
J'oublie mon être empli de péchés,
Et je vagabonde avec mon inconscient,
Et je me noie dans le silence,
Chaque fois que j'entre dans ce sanctuaire de beauté,
Et que je respire le parfum des pins.
**
Le chacal étrange
Le chacal à la forme étrange
A abandonné le vignoble après les vendanges.
Il me fait penser à un homme qui a divorcé de sa femme,
La mère de ses enfants,
À cause de sa peau sèche !
Oh, si seulement cet homme savait
Que l'eau scintillante de la vie
Dans les yeux de ses enfants
Suffirait à faire d'elle une nymphe
Et une couronne sur sa tête !
**
Le chemin illuminé
Je l'entendis dire à son fils unique,
Qui partait pour des terres étrangères :
Va, mon fils, avec la bénédiction de Dieu,
Et emprunte un chemin illuminé
Afin que les doutes ne t'assaillent pas,
Et que l'incertitude ne te trouble pas.
Sois patient et serein,
Et ne demande jamais
Où ce chemin te mènera,
Tant que tu peux y marcher.
**
La pureté de la rose
Pénètre le cœur de la rose, mes doigts…
Et ne crains pas la piqûre douloureuse des épines
Ni leur marque sanglante,
Et choisis pour mon bien-aimé un bouton
Qu'aucun regard n'a contemplé,
Et qu'aucune abeille n'a butiné.
Car la pureté de la rose
Rivalise parfois avec son parfum !
**
Baptême d'amour
Nous étions enlacés, mon amour et moi,
Cherchant le baptême dans la rosée,
Jusqu'à ce que la deuxième veille de la nuit nous surprenne,
Et que la chauve-souris cesse son vol au-dessus de nos têtes,
Et notre compagnie.
Elle pleurait...
Alors, je l'ai encouragée à pleurer abondamment,
Car j'étais captivé par l'aube qui se levait dans ses yeux !
**
Poussière
Étrange est ta poussière, tombant de mes yeux,
Arrosant les instants de somnolence
Pour qu'ils débordent du tumulte à venir.
Prends le sommeil et accorde-moi la bénédiction de l'attente.
Arrache mes rêves,
Et laisse-moi la passion ardente du désir
Dans mon sang.
Mon destin est confiné dans mon isolement,
Assassinant ma contemplation
Et la joie des enfants qui résident au plus profond de moi !
**
L'enfant des cèdres
Accorde-moi ta protection, ô enfant des cèdres,
Afin que je trouve refuge sous ton ombre.
Je suis fiévreux...
Me guériras-tu et auras-tu pitié de moi ?
Me donneras-tu une gorgée de l'eau d'encens
qui coule au cœur de ta montagne ?
Aie pitié, respire...
Respire un peu afin que je reprenne vie...
Ô commencement et fin de l'univers.
**
L'obscurité désolée
Arrête...
Arrête, ô mon jour.
Car l'obscurité est désolée,
Et les lampes de la nuit ont abandonné le ciel
Après que l'huile se soit tarie,
Et le monde a cessé de prier.
Priez afin que nous puissions jouir de la lumière...
Car nos enfants aspirent aux murmures des étoiles,
Et aux chuchotements des planètes,
Durant leurs nuits de rêves.
Pourquoi avons-nous cessé nos supplications et nos hymnes ?
Est-ce pour multiplier nos guerres ?
Ou pour nous complaire dans le silence
Et être affligés d'idiotie ?!
**
Ne pars pas
On dit que l'exil est stérile,
Comme un désert qui refuse le printemps…
Mais mon exil a fleuri,
Et son parfum enivrant
A embaumé mes recoins sombres et froids,
J'ai commencé à sentir la chaleur du printemps,
Et la descente de sa verdure
Sur les prairies lointaines.
Ta venue auprès de moi…
Était un printemps en soi,
Alors ne pars pas.
**
Mon linceul
C'est mon destin… de rester en exil,
Cousant de mes yeux un linceul pâle,
Choisissant entre une terre et une autre !
Mon linceul… aspire à ma terre,
Et ma patrie est loin et emprisonnée,
Fertilisée par mon peuple
Avec sa léthargie et sa soumission,
Alors, les voleurs l'ont confisquée.
**
Mémoire
Peu importe la distance que tu parcours...
Et combien les kilomètres effacent les traces
De tes pas,
Tu resteras une image dans mes yeux,
Une mélodie et un sourire sur mes lèvres,
Que les lèvres des jeunes filles apprendront à imiter.
Mon cœur a grandi en toi,
Alors, emporte-le comme un souvenir vers ces terres...
C'est tout ce que je possède dans mon exil !
**
Les pentes
Toutes les pentes devant moi,
Ont été ravagées par les torrents vengeurs,
Après qu'ils aient arraché leur manteau de terre,
Et mis à nu leurs ossements rocheux sous le regard du soleil.
Les pentes n'ont pas eu le temps de pleurer,
Ni de soupirer,
Car la continuité de la vie les pressait fortement
De créer une nouvelle peau,
Que le printemps pourrait étendre sur elles
Après quelques semaines.
**
Mes biens
Mes biens se sont émus, ô tous mes biens,
Ô mon refuge contre le froid de la vieillesse…
La douleur a bu mon sang,
Et mes côtes se sont tendues pour voir ton visage tant attendu.
Mon âge s'unit à mon désir,
Et tu n'es pas encore venue…
Tu n'as pas encore fécondé le fruit de ton sein
Avec ma maturité.
Ô mon enfant, svelte comme un palmier,
Pure comme l'œil d'un aigle,
Donne-moi tes lèvres…
Afin que je puisse leur confier mes flammes.
**
Notre célibat
Lorsque tes cheveux d'un noir de jais cascadaient sur ma poitrine,
Les champs reverdissaient,
Et les oiseaux se réjouissaient,
Et nous chantaient leur joie.
Tandis que les paysans moissonnent leurs tiges de blé jaune,
Pour en façonner des bracelets d'or pur
Et deux alliances,
Dans lesquelles nous emprisonnons notre célibat.
**
Femme bavarde
Les mots que tu prononces sont inestimables,
Ni poètes ni philosophes
N'en ont jamais proféré de semblables…
Ils coulent dans mes oreilles comme par magie,
Me faisant trembler,
Me remplissant de joie…
Et le bonheur frappe à ma porte.
Je t'aime,
Contrairement à toutes les conventions et à tous les goûts,
… Femme bavarde !
**
Feuille d'automne
Apaise tes lamentations, ô vent,
Car tu as blessé mes oreilles,
Et les as remplies de la poussière de ta désolation,
Et je suis faible devant toi,
Tu joues avec moi
Comme avec une feuille d'automne,
Dont les nervures sont envahies par la sécheresse,
Et que l'arbre a abandonnée !
**
La Grande Malédiction
Consolez la mère endeuillée,
Apaisez ses blessures,
Racontez-lui les histoires des héros,
Dont les noms sont inscrits dans l'éternité.
Dites-lui que son fils martyr n'est pas seul...
La gloire l'a accueilli,
Et le martyre l'a enfanté.
Dites-lui tout ce qui pourra la réconforter,
Et ramener le sourire sur ses belles lèvres vermeilles,
La plus grande malédiction
Naît toujours du chagrin des mères.
**
Écrivain
Laissez les choses suivre leur cours...
Car les œuvres que vous avez créées
Sont parfumées de la rosée de la splendeur.
Ni la jalousie ne peut les anéantir,
Ni les bavardages des soumis.
Ô habitant de l'espace et du temps, lève-toi...
Ô maître du bonheur et de la créativité, éclate...
Ta plume est crainte des rois,
Et devant elle,
Les lettres se prosternent en adoration.
Sois l'Unique,
Que ta grandeur vienne de la grandeur de Dieu.
**
L'humain
Chaque fois qu'une petite feuille tombe d'un arbre
Après la croissance et la verdure... je pleure.
Car j'y vois l'humain,
Avec toute sa tendresse et sa faiblesse,
Avec toute sa vigueur et sa tyrannie.
Je le vois soumis comme un chat,
Et dominateur comme un tyran.
Il est fier de lui-même,
Il est arrogant,
Il se déifie,
Et en un instant il se flétrit.
La feuille de l'arbre et l'homme m'inspirent tous deux de la pitié !
**
Sang de l'éternité
...Et j'ai bu des coupes du sang de l'éternité,
Après quoi je me suis enivré,
Et j'ai commencé à rire.
J'ai piétiné le bonheur de mes pieds,
Et défiguré son visage par l'ivresse.
Je me suis endormi sur une pierre,
On dit que c'est une météorite...
J'ai senti son parfum : ambre !
Je l'ai goûtée,
Mais je n'y ai trouvé aucun goût !
Et quand je me suis réveillé,
J'ai trouvé ma tête sur le bras de ma bien-aimée.
Peu m'importe qui je suis,
Tant que je ne sais pas comment vivre !
Je brille... puis je disparais.
Je tonne...
Et je me tais comme la douleur.
Un nuage de perte m'enveloppe !!
**
Nuages sombres
Des nuages sombres s'amoncellent dans notre ciel,
Et s'abreuvent à nos eaux,
À notre insu.
La tristesse,
Comme le péché, va et vient à sa guise.
Bénis soient nos petits enfants,
Leurs sourires nichent et éclosent sur leurs lèvres.
Bénis soient-ils...
Car ils sont le symbole du vrai bonheur.
**
Le frisson de l'amour
Je ne savais pas que l'amour avait un tel frisson !
Merci...
Pour ta bienveillance et ces quelques traces persistantes.
Une nuit de pleine lune,
Aussi limpide que la clarté de ton visage,
A suffi à me replonger dans l'oubli.
Comme l'oubli est doux avec toi,
Et son plaisir surpasse de loin
Le plaisir d'un vin vieux
Que je savoure.
Je ne savais pas...
Alors, merci pour tout cela,
Et surtout pour cette soirée d'avril rosée...
Je ne l'oublierai jamais.
**
Questions
Que vais-je faire aujourd'hui ?!
Vais-je cultiver le petit jardin ?
Vais-je tailler quelques branches rebelles ?
Vais-je chasser les oiseaux,
Ce qui est une honte et un crime ?
Ou vais-je escalader la colline escarpée
Au-dessus de la cascade ?
Comme on se sent misérable
Quand on ne fait rien,
Et pourtant on est capable de tout faire !
**
Fils de la Nature
Le berger du village est un prophète,
Et je suis l'un de ses disciples.
Il joue des psaumes sur sa flûte,
Et des vers s'envolent au gré de son souffle.
Venez, vous qui avez le cœur pur,
Buvons aux sources de son salut.
Il est un fils de la nature,
Et quiconque lui ressemble ravive les âmes.
**
Âmes perverses
Venez à moi, vous tous, âmes perverses,
Afin que je vous délivre de votre perversité,
De la souillure de la dépravation,
Qui submerge vos cœurs,
Ivres du vin de l'envie et de la méchanceté.
Venez à moi...
Afin que je vous montre une fourmi amassant des provisions,
Et une abeille produisant du miel,
Après que la fleur l'ait nourrie
Du nectar de ses pétales.
Venez à moi...
Car mon étreinte est vaste et ma patience est infinie.
**
Tes yeux
Tout me tire en arrière,
Sauf tes yeux,
Qui débordent d'innombrables énergies.
De leur soleil, je puise ma lumière,
Et devant leur miroir, je me purifie,
Sur leur rivage, je lave ma curiosité,
Mon égoïsme,
Et sur leurs vagues,
Je me balance comme un petit enfant
Qui ne pense pas au lendemain.
Regarde-moi...
Chaque fois que tu sens ma faiblesse.
**
Les pâturages du soleil
Viens, courons vers les pâturages du soleil,
Là où les ombres s'évanouissent,
Ne laissant derrière elles que des fils de brume.
Viens, embrassons le pic noir,
Et gravons nos noms sur les troncs de ses rochers,
Empreints de vigueur et de gloire.
Ô commencement...
Là... seulement là,
Je saignerai ma fin.
**
Un passant
L'amandier
Que mon grand-père a planté près de notre maison
Nous nourrit encore généreusement,
Comme si celui qui l'a planté était toujours vivant et bien portant !
Et il en va de même pour le cerisier
Que mon père a planté à l'entrée du jardin !
Que veux-tu que je plante pour toi, mon fils ?!
Car c'est ton droit de manger,
C'est mon droit de me sentir en paix
Et de trouver la sérénité avant de partir.
**
L'attente
Et j'attendais que la lumière vienne
Sur les ailes d'un mirage,
J'étais épris !
Je croyais que la lumière de tes yeux
Volait aussi vite que l'amour !
Oh… comme je suis malheureux…
Car le printemps actuel est sur le point de s'achever.
Dépêche-toi…
Dépêche-toi…
L'attente me ronge,
Ô lumière accablée de lassitude.
**
Le marais
Mes pieds s'enfoncent dans la boue,
Prends ma main, mon fils,
Aide-moi à traverser ce chemin en toute sécurité.
Mais prends garde de marcher
Sur les plaques recouvertes d'herbe,
Qui s'étendent là comme une vieille tortue,
Car sous leur surface tranquille
Se cache un marais mortel.
**
Sourire
Rien n'étanche ma soif comme un sourire.
Souris...
Et prends l'étoile et la lune,
Et un châle tissé des nuages du matin,
Sois comme une rose enivrée de rosée...
Avec la brise,
Afin que je puisse t'embrasser de mes cils
Et puis m'en aller...
**
L'averse de lumière
Crois-tu que j'ai vu une averse de lumière
À travers des gouttes de larmes ?!
C'était...
Le jour où la nuit s'est immergée dans les champs,
Et s'est éloignée
Des bas balcons des maisons.
Heureux sont ceux qui me ressemblent,
Ils sont les seuls
Capables d'acheter le bonheur
...Et de le vendre !
**
Les visages malveillants
Quand le soleil s'est incliné devant l'obscurité,
J'ai cru que l'existence avait disparu,
Et que l'oiseau de l'amour était mordu par le froid
Dans les régions du nord.
Ouf !
Que de mal fait l'obscurité,
Malgré son immobilité,
Et son pouvoir d'occulter les traits
Des visages malveillants que je rencontre,
Chaque fois qu'un rayon de lumière se déverse dans la vallée.
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Mejdlaya
Mon amour s'épanouit en toi,
Ô terre de mes pères et de mes grands-pères,
Ô Mejdlaya...
Ô mon village, glorifié à jamais
Par les rêves éveillés de tes fils,
Écrits avec la sueur de leur front
Comme un réconfort pour eux,
Dessinés dans les déserts de leur exil
Comme des oasis qui rafraîchissent et offrent de l'ombre.
J'ai caché mes yeux avec impatience
Pour les dévoiler au moment
De la révélation devant toi !
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Tu es Baini
Là-bas, dans la région du Chouf,
Mes ancêtres
Ont érigé un monument de gloire.
Ils ont dispersé leurs enfants
À travers le monde entier,
Souhaitant qu'ils soient les plus distingués au sein de la famille,
Les plus fervents dans leur foi,
Et les plus grands en humanité.
Ainsi, ils ont uni toutes les communautés
En une seule famille,
À tel point que lorsqu'un d'entre nous rencontre son frère,
Il s'exclame :
Tu es la prunelle de mes yeux !
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L'histoire de la Lune
Viens, laisse-moi te raconter l'histoire de la lune,
Cette compagne fidèle,
Et éternelle bien-aimée.
La lune, ô ma lune :
C'est le cœur de « Samus », l'amant,
Que les dieux ont maudit,
Si bien que ses membres furent dispersés
Dans l'immensité de l'espace,
Et transformés en étoiles,
En pluie,
Et en ciels clairs.
Mais son cœur,
Est resté à sa place,
Brillant de l'amour de « Briska » jusqu'à aujourd'hui !
Vois-tu le pouvoir de l'amour,
Ô ma lune ?!
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Le poète du village
Tout le monde me connaît...
Tout le monde me connaît...
Les gens,
Les fleurs,
L'air,
Et la vieille hirondelle
Que j'élève depuis plus de cinq ans,
Et ma maison, nichée près du ruisseau,
À l'écart de la rivière.
Si un visiteur venait,
Il la croirait abandonnée,
À cause de l'abondance de ronces
Et de roses sauvages qui l'entourent.
Et il n'y a pas d'autre poète que moi dans le village.
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Mon éveil tant désiré
La solitude m'accable dans mon ermitage,
Et mes jours, aux humeurs changeantes,
S'écoulent lourds de soucis et de chagrins.
Sauve-moi, ô Dieu tout-puissant,
Affermis la terre sous mes pieds,
Et permets-moi de parcourir les chemins des rêves,
Pour atteindre mon éveil tant désiré.
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Ma mère
Ô prière sacrée,
Que je récite sans cesse,
Dans la veille et dans les rêves,
Ô messagère de Dieu,
Pour guider les nations,
Et préparer des générations justes.
Combien de fois, dans tes bras chaleureux,
Ai-je bâti des châteaux d'imagination ?!
Combien de fois ai-je escaladé tes mains
Pour atteindre ton front,
Et y déposer un baiser,
Afin de te rendre au moins une partie de ces baisers
Dont tu m'as comblé ?
J'ai grandi,
Et mon amour pour toi a grandi avec moi,
Car tu es l'amour, la prière et la sainteté.
Un philosophe n'a-t-il pas dit :
Le monde est une mère ?
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Le Maître
Ô Maître des maîtres,
Et éducateur des générations,
Et dispensateur de couronnes
Sur la tête
Des plus grands rois de la terre.
Nos sentiments envers toi sont plus grands
Que le soleil et la lune,
Notre amour pour toi est indescriptible.
Cadmus, Seigneur de la Parole,
Lorsqu'il a tracé la première lettre
À la lueur d'une lampe à huile,
Savait parfaitement que cette petite lettre
Se transformerait en un soleil radieux,
Illuminant l'univers tout entier.
C'est pourquoi d'immenses responsabilités te reviennent,
à savoir :
L'éducation de la génération montante,
La guider avec justesse,
Et l'éduquer
Avec une culture digne de la grandeur
Et du progrès de toutes les nations.
Toi et la lumière êtes jumeaux ;
Vous illuminez tous deux les chemins de la vie devant nous.
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Ma prière
Il était une heure du matin,
Et j'étais toujours agenouillée en prière,
Mes larmes coulaient lentement sur mes joues,
Brillant à la lumière des bougies
Qui fondaient
Pour illuminer l'obscurité des autres.
J'étais agenouillée en prière,
Et les vents faisaient rage,
Tempêtant dehors,
Et la pluie battante frappait
Contre la vitre de ma fenêtre verte,
Comme si elle voulait entrer
Pour partager ma prière.
La bougie fondait,
Et je priais,
Les premières lueurs de l'aube
Se faufilaient à travers les feuilles des arbres,
Le chant des oiseaux commençait à s'élever de leurs nids
Et des toits de tuiles rouges.
La bougie était consumée,
Mais le jour s'était levé.
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Les opportunités du temps
Les opportunités du temps
Viennent toujours avec l'aube,
Et voici l'oppression qui s'immisce dans mes affaires,
Voulant me faire partager sa peur,
sa maladie,
Et son instabilité !
Je suis heureuse, ô oppression,
Et j'ai traversé tous les chemins avec un sourire...
Alors ne laisse pas l'écho de ta voix m'effrayer...
Ma bien-aimée,
Elle a fait de ma stabilité une conviction,
Et je l'ai confiée à mes yeux.
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Ange
Avant même que tu ne prononces un mot,
Tu étais l'ange,
Et ton amour était mon ciel.
Prends la clé de mon cœur,
Et entre dans ma tente,
Tente après tente,
Afin que je puisse t'accueillir en héroïne,
Les livres tremblant à tes pas.
Voici que je tends la main,
Que tes poèmes m'attendent,
Ainsi que toutes les anthologies de poètes.
Ton absence m'est douloureuse.
Prends ma main,
Et dessine-moi un sourire.
**
Une seule argile
...Et sommes-nous tous faits de la même argile,
Alors que chacun chante ses propres nuits ?!
Ah, ah...
Arrête, noble juge, arrête !
Car les gens n'aiment pas les jugements tout faits,
Comme leurs membres graciles,
Volés aux coffres de la pauvreté jaune
Pour embellir les corps des riches
Et les remodeler.
Ouvre les yeux, ô juge,
Éveille tes doigts...
Et laisse tous les concurrents se battre,
Et aucun mal ne t'arrivera...
Car les spectateurs s'accrochent à leur droit
Au divertissement...
Sinon, le tournoi sera annulé...
Divertissez-les...
Afin que tes paroles ne se transforment pas en feu...
Et ton argile en poussière...
Annonce-leur la bonne nouvelle,
Que leurs esprits sont unis,
Et que leur argile est de différentes sortes !
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